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"Qu'ils soient un, comme Toi et moi nous sommes un"

(Jn 17, 22)

Archevêque Joseph- Jules Zerey

Vicaire Patriarcal Général

Grec Melkite Catholique de Jérusalem

Namur, 2-3 Avril 2011

 

 

Je viens des villes saintes de Bethléem et Jérusalem et tous les lieux saints, villes qui ont été témoins de l’Œuvre du Salut. A Bethléem, je ne cesse de m’émerveiller devant le dessein incompréhensible de ce Dieu qui se fait homme pour parler à ses créatures. A Jérusalem, à genoux au lieu même de la crucifixion, au Golgotha, je ne cesse de contempler ce visage souffrant de Notre Seigneur Jésus Christ qui regarde les milliards et les milliards d’êtres humains et, tout au long de l’histoire de l’humanité, Jésus ne cesse de répéter : “Je vous aime, jusqu’à mourir pour vous…” – “J’ai soif de votre amour”.

 

Devant le Saint-Sépulcre, la tombe où le corps mort de Jésus a été déposé, de ce Saint-Sépulcre d’où Jésus est ressuscité, je ne cesse de Le contempler Radieux, Victorieux, appelant chacun d’entre nous par son nom, comme Il le fit avec Marie Madeleine ; nous fortifiant dans notre foi et nous relevant de nos tristesses et déceptions comme Il le fit avec les disciples d’Emmaüs ; nous donnant Sa Paix et nous comblant de Son Esprit Saint comme il le fit en apparaissant à ses Apôtres.

 

Au Cénacle, lieu saint tout près de notre résidence patriarcale, je ne cesse de contempler le lieu où Jésus institua les sacrements de l’Ordre et de l’Eucharistie et où l’Esprit Saint descendit avec force sous forme de langues de feu.

 

Au Saint-Sépulcre, Jésus, par Sa Mort et Sa Résurrection, mérita pour nous le don de Son Esprit Saint. C’est au Cénacle que l’Esprit Saint nous est donné, accomplissant ce que le prophète Joël avait annoncé : “Je répandrai mon Esprit Saint sur toute chair, vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens auront des songes, vos jeunes gens des visions” (Joël 3, 1). Cela s’est réalisé avec force le jour de la Pentecôte. Tous les Apôtres furent alors remplis de l’Esprit Saint qui apparut sous forme de langues de feu et se posa sur chacun d’entre eux (Ac 2, 3).

 

Sortant du Cénacle, Pierre, s’adressant à la foule, annonce avec force : “Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité, nous en sommes tous témoins” (Ac 2, 32).

 

C’est ainsi que nombreux furent ceux qui accueillirent cette parole et se firent baptiser. Ils se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et à la prière (Ac 2, 42). Tel est le thème proposé pour la semaine de prière pour l’unité des chrétiens de l’année 2011, thème choisi et préparé avec foi et amour par une équipe de Jérusalem, inspirée par l’Esprit Saint.

 

Depuis la Pentecôte, les chrétiens sont toujours présents en Terre Sainte. Beaucoup d’entre eux sont des habitants de Jérusalem ou des villes d’alentours, ils sont les descendants des premiers chrétiens qui ont accueilli avec joie l’annonce des Apôtres. C’est ainsi que, depuis la Pentecôte, une communauté chrétienne bien vivante a toujours été présente à Jérusalem et toute la Terre Sainte. Et il en est ainsi malgré les nombreuses guerres, les invasions, les différentes occupations, les civilisations et les langues, malgré les persécutions.

 

Depuis le jour de la Pentecôte, les croyants n’avaient qu’un cœur et qu’une âme comme le précisent les Actes des Apôtres (Ac 4, 22), accomplissant ainsi la prière de Jésus à son Père : “Qu’ils soient Un comme nous sommes Un” (Jn 17, 11). Ailleurs Jésus nous dit : “Je suis en mon Père et Moi en vous” (Jn 14, 20).

 

Croire en Jésus c’est croire en Lui comme Fils du Dieu vivant ; c’est croire en son Incarnation, croire à son Enseignement, à ses Miracles, croire à sa Mort et à sa Résurrection, croire au Don de son Esprit Saint, croire à tout le Credo que nous récitons dans nos différentes Églises. Cette foi nous conduit à être UN en Jésus Christ. Cette vocation est merveilleuse, car dès maintenant nous sommes appelés à vivre en union avec la Trinité Sainte, le Père, le Fils, le Saint Esprit. Nous sommes appelés à vivre en ce Dieu UN.

 

A partir de Jérusalem, Jésus a envoyé les Apôtres pour être ses témoins “jusqu’aux extrémités de la terre” (Ac 1, 8). Au cours de leur mission les Apôtres, et les évêques qui leur ont succédé, sont entrés en contact avec un grand nombre de langues et de civilisations très riches et se sont mis à proclamer l’Évangile et à célébrer l’Eucharistie en toutes ces langues. De ce fait la vie chrétienne et la liturgie ont acquis bien des visages et expressions qui s’enrichissent et se complètent mutuellement. Aujourd’hui, nous appelons cela des rites : latin, byzantin, arménien, syrien, copte, éthiopien etc…

 

Malheureusement au cours de l’histoire cette belle diversité est aussi devenue source de divisions. Le virus de la division est aussi entré dans l’Église locale de Terre Sainte. D’autre part, beaucoup d’autres Églises divisées entre elles sont aussi venues de partout s’installer à Jérusalem et en Terre Sainte, à différentes époques et dans différentes circonstances.

 

Actuellement à Jérusalem et en Terre Sainte, nous pouvons rencontrer les Eglises et Confessions chrétiennes suivantes :

– des Églises catholiques (de rites différents) : Églises latine, grecque melkite, maronite, syrienne, arménienne, chaldéenne ;

– des Églises orthodoxes : grecque, arménienne, syrienne, copte, éthiopienne ;

– des Confessions chrétiennes : anglicane, luthérienne, et un certain nombre d’autres Communautés protestantes, évangéliques pentecôtistes et messianiques.

 

Beaucoup de ces Églises se sont installées à Jérusalem, au Saint-Sépulcre et près du Golgotha. Il est triste de voir ces différentes Églises divisées entres elles, au sein même de la basilique du Saint-Sépulcre. Il est douloureux de voir, dans les lieux saints, ces Églises qui se réjouissent d’être en Christ, mais ne vivent pas la communion entre elles.

 

Personnellement, étant moi-même de mère grecque hellène, dès mon enfance, cette sainte mère, bien que grecque orthodoxe, a inculqué dans mon cœur la douleur sinon le scandale de la division des chrétiens et m’incitait toujours à prier pour l’unité des chrétiens. Étant en même temps de père grec catholique et actuellement archevêque vicaire patriarcal grec catholique de Jérusalem, je ne cesse de travailler et de prier pour l’unité de nos deux Églises catholique et orthodoxe. Bien plus, à partir de l’esprit œcuménique de notre Église grecque melkite catholique, je suis ouvert à toute action œcuménique avec toutes les Églises, des différentes confessions.

 

Actuellement, nous voyons à Jérusalem ces différentes Églises vivre les unes à côté des autres. Il y a certainement un grand effort de la part de la majorité pour une plus grande fraternité, une plus grande collaboration entre les différentes Églises, dans les familles, dans les écoles, dans les œuvres sociales et caritatives, dans les rencontres régulières des chefs religieux des différentes Églises, mais cela n’est pas suffisant. Il est nécessaire et urgent pour tous les chrétiens du monde entier et pour le salut de tous les hommes que nous œuvrions tous pour que l’unité des chrétiens se réalise et que nous vivions pleinement l’UNITÉ en Jésus Christ.

 

COMMENT  POUVONS-NOUS  CROIRE  EN  JESUS  CHRIST  ET  DEMEURER  EN  LUI,  ALORS  QUE  NOUS  SOMMES  DIVISES ?

 

En janvier 1964, quand j’étais jeune séminariste au Séminaire Sainte-Anne de Jérusalem, dirigé par de saints prêtres et formateurs, les “Pères Blancs”, j’ai eu la grâce d’être témoin de la sainte rencontre du Pape Paul VI avec le Patriarche Athénagoras Ier, Patriarche œcuménique de Constantinople, et le Patriarche Bénédictos, Patriarche orthodoxe de Jérusalem. Ce pèlerinage de ce saint Pape en Terre Sainte continue de représenter une étape décisive.

 

Quelques jours après cette rencontre historique j’eus la grâce d’être témoin de la rencontre fraternelle du saint Patriarche Athénagoras avec notre saint Patriarche grec melkite catholique Maximos IV dans notre résidence patriarcale actuelle de Jérusalem.

 

Ces rencontres à Jérusalem ont marqué le début d’un climat nouveau dans les relations entre les Églises. A partir de ce moment là les choses ont commencé à évoluer de façon nouvelle.

 

Seule une humilité sincère, accompagnée d’une prière profonde et animée d’une grande charité, peut accomplir cette unité. Permettez-moi de rappeler le geste si fort de Sa Sainteté le Pape Paul VI qui, le 14 décembre 1975, accueillant dans la Chapelle Sixtine du Vatican la délégation du Patriarche œcuménique S.S Dimitrios Ier. A la surprise de toute l’assemblée, le saint Pape Paul VI s’agenouilla devant le chef de la délégation orthodoxe, le métropolite Méliton de Chalcédoine, s’inclina jusqu’à terre et dans les plis des ornements du métropolite chercha son soulier droit qu’il baisa. A la suite de ce geste le Patriarche Dimitrios Ier déclara : “Il n’est pas possible qu’un homme, qu’il soit chrétien ou non, et encore moins nous-même, en tant que patriarche œcuménique, n’apprécie pas profondément le témoignage et le geste spontané, sans précédent dans l’histoire de l’Église, de Sa Sainteté le Pape de Rome Paul VI... qui s’est prosterné et a baisé les pieds de notre envoyé, qui à ce moment-là représentait toute l’orthodoxie.

 

L’Unité des chrétiens ne pourra se réaliser qu’à la suite d’une véritable humilité, qui prendrait ses racines dans une profonde conversion, et d’un véritable repentir de nous tous sans exception, à commencer par nous les chefs des différentes Églises, en nous prosternant en premier lieu devant le Saint-Esprit de Dieu que nous avons attristé (Eph 4, 30) par nos nombreux péchés. Il nous faut crier et supplier avec des cœurs brisés, peinés et repentis, demandant à Dieu d’avoir pitié de nous et d’écouter notre humble prière, afin que se réalise en nous cette unité que Notre Seigneur Jésus Christ désire de nous (Jn 17).

 

Oui, nous voulons l’Unité de tous les chrétiens, non pas pour être une force plus grande face à nos autres frères humains, mais afin qu’augmente en nous notre amour pour Dieu et pour tous nos frères et sœurs. Par cette Unité nous pourrons porter un témoignage vivant au Christ et à son Évangile du Salut dans ce monde qui est aujourd’hui bien troublé.

 

Oui, par leur foi, leur sagesse, leur unité et leur engagement, les chrétiens peuvent aujourd’hui vaincre les forces des ténèbres qui les entourent et les menacent, surtout en cet Orient où nous vivons. Par leur Unité, leur foi et leur amour, les chrétiens peuvent libérer l’humanité de toute violence, injustice et idolâtrie. L’Amour pourra alors se répandre dans les cœurs de tous les hommes, ainsi que la justice et la paix parmi tous les peuples et toutes les nations de la terre.

 
 

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