|
L'Eglise Grecque Melkite Catholique
Origine, histoire, lien avec Rome,
présence en Europe et actualité…
Père Samih Raad
1. Introduction:
Le christianisme est né à la pentecôte à Jérusalem (act 2). Les Apôtres sont envoyés dans toutes les villes pour transmettre la Bonne Nouvelle.
Selon les Actes des Apôtres (11, 26), c'est à Antioche, ville mère de notre Eglise, que les disciples de Jésus reçoivent pour la première fois le nom de « chrétiens ».
Une présence historique de communautés chrétiennes est attestée dans les villes Phénicienne comme Tyr (21, 3-7) et Sidon (27, 4).
Voici une brève histoire sur l'Eglise Grecque Melkite Catholique qui a comme titre officiel "l'Eglise d'Antioche et de tout l'Orient, d'Alexandrie et de Jérusalem pour les Grecs Melkites Catholiques", connue en Europe: l'Eglise Melkite.
A ce propos, nous allons parler, premièrement, des débuts de l'Eglise Melkite Catholique; deuxièmement, nous verrons la position de cette Eglise et la naissance du titre Grec; troisièmement, nous nous pencherons sur le Concile de Chalcédoine et la naissance du titre Melkite; quatrièmement, nous aborderons l'Eglise Melkite au sein de l'Islam jusqu'au XI siècle; cinquièmement, nous parlerons de la position de cette Eglise après le schisme de 1054; sixièmement, nous entamerons le cœur de cette réflexion sur l'Eglise Melkite Catholique en abordant sa naissance et nous terminerons avec une petite conclusion.
2. Les débuts:
Après Saint Pierre, Ignace est devenu l'évêque d'Antioche, et y a joué un grand rôle dans l’organisation de la vie des chrétiens.
Les éléments ethniques qui fondaient l'Eglise d'Antioche sont les Araméens-Syriaques, les Arabes et les Grecs.
L'édit de Milan de 313 donna la liberté de culte aux Chrétiens, et à la fin du 4ème siècle, le christianisme devint religion d'État spécialement avec saints Constantin et Hélène.
Afin d'organiser la vie de l'Eglise après l'Edit de Milan, les évêques se réunirent au Concile de Nicée en 325.
3. L'Eglise d'Antioche, de Nicée à Chalcédoine et le titre Grec:
Au Concile de Nicée, en 325, Eustathe, l'évêque d'Antioche, fut l'un des principaux défenseurs du Credo qui définit la divinité du Verbe et son identité consubstantielle avec le Père.
Ce concile avait reconnu une autorité supérieure de l'évêque d'Antioche comme celle de l'évêque d'Alexandrie et de l'évêque de Rome.
A partir du 4ème siècle, Antioche faisait figure de ville chrétienne naissante avec un paganisme sur le déclin. Un grand effort d'évangélisation acheva de christianiser les campagnes dans le courant des 5ème et 6ème siècles, de même que les tribus arabes frontalières.
Les langues araméenne, syriaque, arabe, et hébraïque étaient les langues utilisées habituellement dans la région d'Antioche et ses provinces. La langue grecque était utilisée également comme langue officielle. La liturgie et les homélies se faisaient en grec, au moins dans les grandes villes, si non en langues locales.
Avec la renaissance nationaliste syriaque, au IVème et au début du Vème siècle, le titre "syriaque" a été lié au titre de "chrétien" par une partie des habitants du patriarcat d'Antioche. Avec pour conséquence la naissance d'un courant anti Byzance et anti culture grecque.
4. Le Concile de Chalcédoine 451 et la naissance du titre Melkite:
Les conciles du IVème siècle portaient essentiellement sur l'unicité de Dieu et ont réussi à garder une belle unité entre les Eglises.
Le Concile d'Ephèse en 431 continue à préciser la foi des chrétiens sur la nature du Christ.
Un nouveau Concile a du être convoqué par le nouvel empereur Marcien à Chalcédoine en 451. Il a réuni 350 évêques. Ce concile a confirmé la doctrine des deux natures en Jésus Christ : "L'union ne supprime nullement la différence des natures; au contraire, celles-ci restent sauves et se rencontrent en une seule personne, ou hypostase."
Ce concile était œcuménique, parce que toutes les Eglises y étaient présentes et ses actes furent confirmés par le pape de Rome Léon 1er et l'empereur Marcien.
Ce Concile a condamné l'Eglise d'Alexandrie et une partie de l'Eglise d'Antioche.
L'Eglise d'Antioche s'est scindée en deux parties: la première partie qui n'a pas accepté les constitutions de Chalcédoine s'est donné deux titres: "non-chalcédonienne" et "monophysite". La deuxième partie a été appelée péjorativement "Melkite", par ses confrères, parce qu'elle a accepté le concile de Chalcédoine confirmé par l'empereur ou le "Melek" en syriaque.
La fin du sixième siècle est marquée par les guerres entre Byzance et la Perse. Les Melkites ont beaucoup souffert de l'occupation perse qui a duré vingt ans. Antioche fut occupée en 611, puis Jérusalem en 614. Le Saint-Sépulcre fut détruit avec beaucoup de Lieux saints, les reliques de la Sainte Croix, furent emmenées en Perse avec le patriarche Zacharie. En 630, l'empereur byzantin Héraclius, par une contre attaque victorieuse a pu ramener les reliques de la Sainte Croix à Jérusalem. Après ces guerres, les pays de ces régions étaient ruinés, et affaiblis par les discordes religieuses.
5. L'Eglise Melkite au sein de l'Islam jusqu'au XI siècle:
En quelques années, les territoires des patriarcats melkites passent de la domination byzantine à la domination arabe musulmane (632-641). De nombreux fidèles partent avec les troupes byzantines, mais la majorité reste sur place, avec une liberté restreinte.
Le nouveau régime musulman reconnaît aux chrétiens la liberté de culte, avec quelques restrictions. Ils n'ont pas une citoyenneté de plein droit, mais deviennent des «dhimmis» ou protégés.
Aux yeux des musulmans, les Melkites arabes forment une seule Confession avec les Byzantins et les Latins d'Occident. Les musulmans leur ont donné l'appellation de «Roum» traduit improprement par «Grecs». De cette manière les musulmans affirment avec mépris l'hellénisme de notre Eglise.
Les relations entre l'Eglise Melkite d'Antioche avec Rome étaient sporadiques mais non coupées. Le pape Jean VIII adressa une lettre fraternelle au patriarche Théodose de Jérusalem (862-878). Sous le pontificat du pape Benoît VII (974-983), le patriarche melkite de Damas, Sergius, se réfugia à Rome où le pape lui confia une église. En 995, les patriarches melkites, Elie d'Alexandrie et Agapios d'Antioche écrivirent au pape Jean XV pour le consulter au sujet de diverses questions canoniques. A leur élection, les patriarches envoyèrent leurs lettres synodiques à l'évêque de Rome, en signe de communion.
Les Melkites restèrent fidèles à l'Eglise de Constantinople qui a continué à les soutenir en plusieurs domaines et ont considéré son évêque "primat" des Eglises d'Orient chalcédoniennes.
Des problèmes entre les deux grandes Eglises Orientale et Occidentale, autour des questions liturgiques et dogmatiques, sont arrivés à créer une forte division qui s'est concrétisée en 1054 par une excommunication réciproque. Les Melkites avec les autres Eglises Orientales Chalcédoniennes sont restés fidèles à l'Eglise de Constantinople, et se sont séparés de l'Eglise de Rome.
6. L'Eglise Melkite après le schisme de 1054
Le Patriarche Pierre III d'Antioche (1052-1056), est intervenu auprès du pape Léon IX, et également auprès de Michel Cérulaire de Constantinople pour essayer d'empêcher la rupture définitive entre les deux Églises.
Au plan des relations entre les Eglises de l'Orient et de l'Occident, le concile de Florence en 1459 fut un échec.
La papauté sortie de la crise du Protestantisme s'ouvrit de nouveau à l'Orient. Le pape Grégoire XIII fonda à Rome le Collège grec.
Au cours des 16ème et 17ème siècles, plusieurs patriarches d'Antioche exprimèrent leur désir d'un retour à l'unité.
L'institution de la nouvelle Congrégation de la Propagande au début du 17ème siècle marqua un nouvel intérêt pour l'Orient. Le Collège urbain qui fut alors fondé accueillit bon nombre de Melkites. Les prêtres formés à Rome furent les pionniers du renouveau spirituel et culturel dans leur pays.
Des missionnaires jésuites, carmes et capucins sont envoyés pour servir les communautés orientales.
Les Patriarches Cyrille V, (1672-1720) et Athanase III Dabbas (1687 -1724) envoient leur profession de foi à Rome sans se séparer pour autant de l'Orthodoxie.
En 1683, l'archevêque de Tyr et de Sidon Euthyme Saifi a fondé dans le Sud du Mont Liban le monastère de Saint Sauveur. Ces religieux gagnèrent à l'idée de l'union les fidèles du Sud-Liban.
Quelques jeunes Melkites désirant une vie religieuse entrèrent au monastère de Balamand, au Nord du Liban. Partisans de l'union avec Rome, et en accord avec l'évêque Cyrille, futur patriarche, ils quittèrent ce monastère pour en fonder un nouveau à Khonchara-Chouër dans le Mont-Liban. Par leurs prédications ils ont converti beaucoup de régions au Liban et en Syrie au catholicisme.
A la mort du patriarche Athanase, en 1724, l'Eglise Melkite se divise ; une double lignée de patriarches fut instaurée. Le patriarcat s'est scindé en deux branches: Orthodoxes et Catholiques. Elles durent jusqu'à nos jours.
7. L'Eglise Melkite Catholique:
À la mort du Patriarche Athanase III en 1724, le clergé et le peuple élurent Cyrille VI Thanas (1724-1759) qui reconnut l'autorité du Pape en rompant les liens avec Constantinople.
Le synode de Constantinople élut Sylvestre de Chypre, qui fut sacré le 27 septembre 1724 à Constantinople.
Cyrille VI était considéré par les Ottomans comme un rebelle, Sylvestre étant reconnu patriarche de tous les Melkites.
Cyrille VI n'était pas reconnu par le Sultan Ahmed III (1703 – 1730), il ne put se maintenir que quelques mois à Damas qu'il quitta précipitamment avant l'arrivée des émissaires de Sylvestre qui amenaient de Constantinople son mandat d'arrêt. Il se réfugia au monastère de Saint-Sauveur au Liban qui jouissait d'une certaine autonomie.
Il ne subsistait qu'un petit troupeau de l'Église melkite catholique. Le patriarche et les quelques évêques devaient se battre afin de maintenir leur autonomie face aux diverses pressions. La hiérarchie voulait préserver leur patrimoine culturel et liturgique contre toute ingérence.
En 1772, Rome reconnut au patriarche melkite d'alors, Théodose Dahan, la juridiction sur les patriarcats d'Alexandrie et de Jérusalem en plus de celui d'Antioche.
L'Eglise grecque melkite catholique, avec l'aide des missionnaires occidentaux, commence à prendre un nouveau visage. Les religieux des deux Communautés, les Salvatoriens et les Hannawites (se diviseront en deux parties en 1829: Chouéïrites et Alepins), et s'organisent d'une manière plus moderne, en faisant leurs études à Rome. Une nouvelle structure de formation s'établit à Aïn Traz au Liban en 1811, dans la nouvelle Résidence patriarcale pour former le clergé marié.
A cette époque, l'Église melkite catholique put s'épanouir en paix, mais à cause du conflit avec l'Eglise Melkite Orthodoxe, des fidèles catholiques commencent à émigrer vers l'Egypte. Le Synode décida de créer de nouvelles paroisses au Caire et dans d'autres villes, en consacrant un nouvel évêque et un clergé pour cette région. Il fit de même pour le patriarcat de Jérusalem.
En 1821, à l'époque du Patriarche Maximos Mazloum, l'Eglise melkite catholique fonde la première paroisse Orientale en Occident dans la ville de Marseille en France: Saint Nicolas de Myrre.
Clément Bahouth (1856-1864), introduisit le calendrier grégorien en 1858, ce qui causa des troubles graves à l'intérieur de l'Eglise Melkite Catholique et un schisme qui dura plusieurs années.
Le Patriarche Grégoire Youssef Sayyour (1864-1897) rétablit le calme à l'intérieur de la Communauté. Il fonda le collège patriarcal de Beyrouth en 1865, rouvrit le séminaire de Aïn Traz et favorisa la fondation du séminaire Sainte-Anne de Jérusalem par les Pères Blancs qui, pendant près d'un siècle donnèrent à l'Église melkite catholique un clergé instruit dans la fidélité à son rite. Il a joué un rôle au Concile Vatican I, en clarifiant la position théologique orientale par rapport aux dogmes de la Primauté et de l’infaillibilité du Pape. Il lutta contre le Protestantisme arrivé récemment en Orient.
En 1889, le gouvernement français mit à la disposition des Melkites catholiques l'église Saint-Julien-le-Pauvre à Paris.
En 1903, Monseigneur Moakkad créa la société missionnaire de Saint-Paul.
Le Patriarche Maximos IV (1947-1967), d'une manière très positive, a joué un rôle inoubliable au Concile Vatican II.
Sous le Patriache Maximos V Hakim divers diocèses melkites catholiques furent fondés en Amérique et en Australie pour maintenir le lien entre les émigrés et l'Église mère. Et surtout il a créé la Résidence patriarcale et le grand séminaire Saint Anne de Raboué à côté de Beyrouth.
La Communauté Grecque Melkite Catholique de Bruxelles a été fondée à son époque, le 14 septembre 1980. Elle a pris Saint Jean Chrysostome comme saint patron.
Sa Béatitude Grégoire III Laham est le Patriarche actuel de l'Église, depuis 2000. Il a renouvelé la Résidence patriarcale de Aïn Traz, il a construit plusieurs écoles et surtout a revu les livres liturgiques.
8. Organisation actuelle
- Au nombre de 700,000 au Moyen-Orient et de 400,000 dans l'ensemble des pays d'émigration sauf au Brésil où leur nombre est estimé à 900,000.
- Les diocèses: Liban (7), Syrie (5), Palestine (2), Egypte et Soudan (1), Jordanie (1), Irak (1), les deux Amériques (5), Australie (1) et un exarchat au Koweit. Les diocèses sont desservis par 37 évêques dont 10 retraités; et les 433 paroisses sont desservies par 360 prêtres diocésains, 103 religieux et 482 religieuses.
- En Europe il y a 6 paroisses à Rome, Paris, Marseille, Stockholm, Londres et Bruxelles desservis par 6 prêtres sous l'autorité directe du Patriarche et les évêques latins locaux.
- Les Instituts Religieux Pontificaux Melkites masculins sont au nombre de trois.
- Les Instituts Religieux Féminins Pontificaux sont au nombre de trois.
- D'autre part il y a 12 communautés qui sont attachées directement au Patriarche ou à des évêques.
- Les Séminaires: 7 grands séminaires.
9. Conclusion:
Voici un bref survol de l'histoire de l'Eglise Grecque Melkite Catholique et sa relation avec l'Eglise de Rome.
Une histoire passionnante, mais douloureuse parce qu'elle vit chaque jour une séparation avec sa sœur l'Eglise Grecque Melkite Orthodoxe. Mais elle reste un témoin de l'unité entre les Eglises.
Elle a un grand rôle en Orient d'être toujours témoin du Christ dans l'Océan de l'Islam.
* Conférence donnée le mercredi 24 février 2010 ; au Cercle paroissial Sainte, Gertrude, Rue Doyen Boone 6 à 1040 Bruxelles - Belgique.
|